03 novembre 2013

Yasmina Khadra candidat aux élections présidentielles en Algérie

En 2013, il a fait son entrée dans le dictionnaire (Petit Robert des noms propres). En 2014, fera-t-il son entrée à la présidence ? Depuis hier, la question se pose.
C’est Yasmina Khadra qui a annoncé sa candidature, mais c’est Mohammed Moulessehoul que ses électeurs devront voter. Tel est en effet le vrai nom de l’ancien militaire algérien devenu écrivain.
Encore en pleine campagne éditoriale pour son dernier roman (« Les Anges meurent de nos blessures », Julliard, août 2013), il a annoncé ce samedi 2 novembre qu’il allait se présenter à l’élection présidentielle algérienne, en avril 2014 (oui, en Algérie aussi, le printemps 2014 sera saison d’élections).

 

Khadra candidat

Interrogé par l’animateur du forum du quotidien Liberté, dont il était l’invité, l’écrivain a déclaré :

C’est officiel, je suis candidat à la présidentielle de 2014

Il a précisé que son programme était d’ores et déjà prêt, mais que le temps d’en parler viendra

Quand [il aura] l’impression que [sa] proposition est bien accueillie. […] Je sais que je mets les pieds dans le plat

Dans le cas contraire, il a suggéré qu’il renoncerait :

On ne peut aller contre la volonté d’un peuple

 

Ayant exclu tout parrainage d’un parti politique, Khadra sera candidat indépendant. Selon la loi électorale algérienne, il devra donc récolter au minimum 60 000 signatures d’électeurs, à travers au moins vingt-cinq préfectures (et dans chacune d’elles, un minimum de 1500 signatures).
Une élection dont on ne sait encore pas si l’actuel président, Abdelaziz Bouteflika, 76 ans dont quatorze au pouvoir, en fin de troisième mandat, sera candidat pour son parti, le F.L.N. Amar Saïdani, le nouveau leader du parti avait ouvertement annoncé qu’il soutenait l’idée d’un quatrième mandat de Bouteflika.

 

Khadra, un personnage sympathique et austère

 

S’étant toujours revendiqué fils de la langue littéraire et amoureux de la langue française, Khadra est un écrivain mondialement connu, traduit en quarante-deux langues. Lauréat de plusieurs prix internationaux, il est depuis 2007 le directeur du centre culturel algérien à Paris.
Depuis 1997 et la publication évènement de « Morituri » (Baleine, repris en poche chez Folio), je l’ai interviewé plusieurs fois, et ai animé de nombreux débats sur lesquels il fut présent. Charmeur, beau parleur, mais aussi pointilleux, taciturne et austère, Khadra est un rhétoricien.
C’est aussi un pur produit de l’indépendance de sa nation, qui porte en lui le sens de la liberté en action autant que celui de la tragédie.

Fils d’un officier de l’ALN blessé en 1958, Mohammed Moulessehoul fut envoyé dès ses neuf ans dans un lycée militaire, où il effectua toute sa scolarité et ses études. On comprend mieux son côté taciturne. Il fut ensuite, et pendant trente-six ans, officier de l’armée algérienne. Il fut l’un des principaux acteurs de la lutte contre le GIA durant la guerre civile algérienne des années 1990. En particulier dans la région oranaise, cadre de son dernier roman.
Entre 1984 et 1989, il a publié six romans sous son véritable nom, pour lesquels il obtint d’ailleurs quelques pris littéraires, dont celui du Fonds international pour la promotion de la culture (de l’UNESCO) en 1993.

 

Dans les pas de Camus

Pour échapper au Comité de censure militaire, institué en 1988, il opta pour la clandestinité et écrit le premier épisode des aventures de son Commissaire Llob : « Le Dingue au bistouri », oublié en 1989 aux éditions Laphomic-Alger, ne sera publié qu’en 1999 chez Flammarion, soit une fois Khadra déjà connu en France. C’est en effet en 1997 que les éditions Baleine le publièrent : « Morituri » est en fait la troisième aventure de Llob, et révéla son auteur au grand public. Lequel fut longtemps persuadé qu’il s’agissait d’une femme. Ce n’est qu’en 2001, avec « L’Ecrivain » (Julliard) que l’auteur raconta tout : l’enfance, la scolarité, l’armée, la guerre civile, et les raisons de son pseudo. Qui est formé par les deux prénoms de son épouse.

Dans le monde arabo-musulman, et eu égard au parcours qu’il était celui de l’auteur, porter un pseudonyme féminin était, de la part d’un homme, une véritable révolution. Yasmina Khadra devint ainsi le nom d’un romancier, mais aussi un sigle, un engagement indéfectible pour l’émancipation de la femme musulmane. Un engagement dont tous ses romans, lesquels composent un œuvre classique, engagée, et variée.

 

Ecrivain algérien et… camusien, Khadra/Moulessehoul a donc décidé, en cette année du centenaire de la naissance du Prix Nobel de littérature 1957, de se mettre dans les pas dans ceux de l’écrivain humaniste français, et aussi dans les pas de l’écrivain actif, devenu président de son pays, le défunt Vaclav Havel.
L’avenir dira. Et écrira.


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