24 août 2013

2013-2014 : Red Star, le “you’ll never walk alone” du côté sud de la Manche

A Paris, il y a le PSG, Ibrahimovic, Cavani, et tout l’argent des Qatari. C’est un projet.

Mais bien avant le club à la Tour Eiffel, en 1897 pour être précis, il y avait le Red Star. Né dans le sud de la capitale, venu à Saint-Ouen en 1909, le Red Star a écrit une histoire, et dessine un projet, qui en font un chapitres les plus nobles du foot français.

Ca a toujours été un autre football. Ce sera toujours un autre projet : une certaine histoire du foot de gauche, un idéal résistant, la banlieue, un stade à l’anglaise d’où on voit le périph et le sacré Cœur, un kop digne de ce nom.
Ville, football, histoire et politique sont ici associées, portant une fierté généreuse que l’on sent dès que l’on pénètre l’antre de Bauer. Le football est un lien social, et c’est dans des endroits comme Bauer qu’on le sent, qu’on le vit, qu’on le respire.

Respirant différemment, on chante plus avant. Le Red Star est une histoire qui se mérite, une place dans le monde qui n’est pas n’importe laquelle. On est ici poussé par une culture, marquée par l’antifascisme, l’union, la gauche, le rock. Bienvenue dans un des rares endroits du monde (avec Liverpool, Glasgow, le Sankt Pauli d’Hambourg et Dortmund) où se chante cet hymne à l’histoire si singulière : « You’ll never walk alone ».

 

Ce vendredi se tenait la 3e journée du championnat de National, où évolue le club audonien. En compagnie notamment d’un voisin : le Paris Football Club, qui est lui aussi né (quatre ans) avant le PSG. Qui, comme le Red Star, connût la D1. Relégué sportivement en fin du dernier exercice, le PFC profita des déboires et sanctions administratives du Mans, de Sedan et de Rouen qui, placés en divisions inférieures, permirent aux Parisiens de demeurer en National.

 

Ce vendredi, c’était le derby : Red Star – Paris FC. Les seconds ayant mieux débuté leur saison que les premiers, la pression est sur les locaux. Qui ont vu leur effectif nettement modifié à l’intersaison : sur les onze joueurs alignés en début de rencontres, sept étaient des transfuges. Auxquels il faut ajouter l’ancien joueur et entraîneur du PSG, Laurent Fournier.

 

1951 spectateurs sont venus, dont, très étrangement, seulement une centaine de supporters parisiens –néanmoins très actifs.

 

Des fidèles, tant parmi les spectateurs que chez les journalistes. Parmi ces derniers, mon estimé confère Laurent Jaoui, rédacteur en chef de « L’Equipe du dimanche » sur Canal+, que je retrouve régulièrement à ce stade. Il avait réalisé « L’étoile du nord » en 2012, documentaire sur le club à voir d’urgence.

 

J’avais cette fois amené un nouveau : mon camarade Eric Naulleau, comme moi possédé par la littérature et par le football.

 

Il eut la chance de voir un match que, l’an dernier, le Red Star aurait perdu. Mais cette fois, ils ont tenu. 0-0 score final, chaque équipe ayant dominé une mi-temps. Les locaux produisant un jeu plus plaisant, sans peur de l’impact, et le PFC étant plus mature stratégiquement et techniquement.

 

Un résultat qui nous valut, entre autres sentences définitives et mémorables qu’on n’entend que dans un stade, ce « diablogue » :

- Bon, c’était un match nul équitable…
– Attention, équitable, si t’es pas chauvin ! *

 

Ca n’est pas encore tout à fait ça, du côté du grand club –le Red Star. Mais on sait, ici, que les projets du club se sont toujours inscrits dans le temps. C’est toujours le tempo, depuis cinq ans que Patrice Haddad a pris la tête du club. C’est dans ce sens, celui de construire patiemment, que Fournier était l’entraîneur voulu par le président.

 

Le Red Star, c’est un projet. Tenu par des dirigeants comme Haddad, mais aussi une femme, la directrice générale Pauline Gamerre. Qui tiennent leurs joueurs, qui tiennent un collectif, qui tiennent une idée. Un idéal qui attire en son centre de formation de nombreux jeunes de banlieue… et même des jeunes du PSG. Et pourtant, ici, les salaires sont plafonnés. Ici, cette année, le budget est de trois millions d’euros, en légère hausse par rapport à 2012-13. Mais voilà : dans un univers où de nombreux clubs sont une marque (le PDG qatari), certains sont un symbole.

 

Ici, dans le sud de la Seine-Saint-Denis, le Red Star et l’OM sont les deux clubs que l’on préfère. C’est pourquoi, un soir de janvier 2012, le 32e de finale de Coupe de France entre ces deux clubs fut joué au Stade de France. Plein, alors, de 55 000 personnes.

 

Ici, le football est une culture parce que la politique est un projet. Et ici, aucun de ces mots ne semble mort.  Ici, à Saint-Ouen, au stade Bauer, on vous accueille avec « You’ll never walk alone », et on vous dit au-revoir en vous passant The Clash. Ça vous dit tout, et pourtant on n’a pas encore tout vu.

 

* Merci à Eric Naulleau de m’avoir rappelé l’exactitude du dialogue

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